WEBVTT

1
00:00:00.150 --> 00:00:02.970
<v Speaker 2>Imagine deux jardins sous la même pluie. Le premier a

2
00:00:03.029 --> 00:00:07.639
<v Speaker 2>une terre craquelée, fissurée le partout. La verse tombe, l'eau s'engouffre,

3
00:00:07.679 --> 00:00:11.980
<v Speaker 2>mais elle disparaît aussitôt, avalée par les crevasses. Le jardinier arrose,

4
00:00:12.039 --> 00:00:16.559
<v Speaker 2>arrose encore, il transpire. Et pourtant, à la fin de l'orage,

5
00:00:16.600 --> 00:00:21.059
<v Speaker 2>sa terre est sèche, rien n'a poussé. Le second jardin, lui,

6
00:00:21.100 --> 00:00:24.390
<v Speaker 2>a reçu exactement la même pluie, pas une goutte de plus.

7
00:00:24.429 --> 00:00:28.750
<v Speaker 2>Mais sa terre est saine, compacte, retenue par des racines patientes.

8
00:00:28.789 --> 00:00:34.210
<v Speaker 2>Chaque goutte reste. L'eau s'infiltre lentement, nourrit, s'accumule. À la

9
00:00:34.250 --> 00:00:39.310
<v Speaker 2>fin de l'orage, ce jardin est vert, dense, vivant. Même ciel,

10
00:00:39.350 --> 00:00:43.799
<v Speaker 2>même pluie. Deux destins opposés. C'est exactement ce qui se

11
00:00:43.840 --> 00:00:47.320
<v Speaker 2>passe avec ton argent. Nous sommes obsédés par une seule idée.

12
00:00:47.359 --> 00:00:50.000
<v Speaker 2>Gagner plus. On se répète que si on gagnait un

13
00:00:50.020 --> 00:00:53.859
<v Speaker 2>peu plus, tout irait mieux. Que le problème, c'est le salaire.

14
00:00:53.880 --> 00:00:56.420
<v Speaker 2>Mais gagner plus quand on a de mauvaises habitudes, c'est

15
00:00:56.460 --> 00:00:59.460
<v Speaker 2>arroser une terre fissurée. Tu ne deviens pas plus riche.

16
00:01:00.049 --> 00:01:04.629
<v Speaker 2>tu accélères simplement la fuite. L'argent entre, l'argent sort, et

17
00:01:04.650 --> 00:01:07.170
<v Speaker 2>à la fin du mois, il ne reste rien, encore

18
00:01:07.209 --> 00:01:11.109
<v Speaker 2>une fois. Tu travailles plus, tu gagnes plus, et pourtant

19
00:01:11.140 --> 00:01:14.319
<v Speaker 2>tu as toujours ce même vide au fond du compte.

20
00:01:14.340 --> 00:01:16.099
<v Speaker 2>Les Japonais ont compris cette vérité il y a plus

21
00:01:16.140 --> 00:01:20.519
<v Speaker 2>d'un siècle. En 1904, la toute première femme journaliste du Japon,

22
00:01:20.579 --> 00:01:26.269
<v Speaker 2>Annie Motoko, a inventé une méthode. Elle l'a appelée le kakeibo, traduction,

23
00:01:26.310 --> 00:01:28.709
<v Speaker 2>le livre de compte de la maison. Ce n'est pas

24
00:01:28.750 --> 00:01:31.769
<v Speaker 2>une application, ce n'est pas un tableur compliqué, c'est un

25
00:01:31.810 --> 00:01:35.170
<v Speaker 2>simple carnet et un stylo. C'est une philosophie qui t'oblige

26
00:01:35.209 --> 00:01:38.090
<v Speaker 2>à regarder tes dépenses droit dans les yeux. Et c'est

27
00:01:38.129 --> 00:01:40.810
<v Speaker 2>la raison pour laquelle, pendant des générations, des femmes au

28
00:01:40.829 --> 00:01:44.439
<v Speaker 2>foyer japonaise, avec des revenus modestes, ont réussi à épargner

29
00:01:44.459 --> 00:01:49.060
<v Speaker 2>jusqu'à 35% de ce qu'elles gagnaient, sans salaire exceptionnel, juste

30
00:01:49.099 --> 00:01:52.280
<v Speaker 2>avec de la discipline. Aujourd'hui, je vais te montrer cet

31
00:01:52.319 --> 00:01:55.180
<v Speaker 2>art oublié. Je vais te montrer comment colmater les fissures

32
00:01:55.219 --> 00:01:58.239
<v Speaker 2>de ta terre, Comment devenir riche, non pas avec le

33
00:01:58.260 --> 00:02:01.739
<v Speaker 2>salaire d'un patron, mais avec la discipline d'un moine. Et

34
00:02:01.780 --> 00:02:03.780
<v Speaker 2>si tu veux aller plus loin que cette vidéo, si

35
00:02:03.799 --> 00:02:06.640
<v Speaker 2>tu veux la méthode complète, le rituel exact à appliquer

36
00:02:06.680 --> 00:02:09.240
<v Speaker 2>jour après jour, j'ai tout réuni pour toi dans un

37
00:02:09.259 --> 00:02:13.639
<v Speaker 2>petit livre. Il s'appelle« L'argent zen». C'est la méthode japonaise

38
00:02:13.659 --> 00:02:16.439
<v Speaker 2>pour ne plus jamais manquer d'argent. Un rituel de 15 minutes

39
00:02:16.460 --> 00:02:20.580
<v Speaker 2>par jour pour reprendre le contrôle, retrouver la tranquillité et

40
00:02:20.620 --> 00:02:23.960
<v Speaker 2>cesser d'avoir peur du lendemain. Le lien est juste en dessous,

41
00:02:24.000 --> 00:02:26.620
<v Speaker 2>dans la description. Je ne t'en reparlerai pas de toute

42
00:02:26.639 --> 00:02:29.979
<v Speaker 2>la vidéo. Si tu le veux, il est là, c'est tout.

43
00:02:30.039 --> 00:02:32.300
<v Speaker 2>Et pour te le prouver, je vais te raconter l'histoire

44
00:02:32.319 --> 00:02:35.240
<v Speaker 2>d'une femme qui gagnait très peu. Une femme ordinaire dans

45
00:02:35.280 --> 00:02:38.879
<v Speaker 2>une petite ville, avec un salaire que personne n'aurait envié.

46
00:02:38.939 --> 00:02:41.430
<v Speaker 2>Elle a appliqué une vieille règle en silence, sans en

47
00:02:41.469 --> 00:02:45.189
<v Speaker 2>parler à personne. Et ce qu'elle a construit, discrètement, année

48
00:02:45.229 --> 00:02:48.710
<v Speaker 2>après année, seul le temps a fini par le révéler.

49
00:02:48.750 --> 00:02:51.650
<v Speaker 2>Nous sommes en 2013, dans une petite ville tranquille du nord

50
00:02:51.669 --> 00:02:55.310
<v Speaker 2>du Japon. Là vit Keiko Tanaka, une femme de 43 ans

51
00:02:55.770 --> 00:02:59.250
<v Speaker 2>qui travaille comme employée administrative dans une clinique de quartier.

52
00:02:59.289 --> 00:03:03.210
<v Speaker 2>Keiko gagne l'équivalent de 1400 euros par mois, un salaire correct

53
00:03:03.250 --> 00:03:06.650
<v Speaker 2>pour la région sans être exceptionnel. Elle vit seule dans

54
00:03:06.689 --> 00:03:09.650
<v Speaker 2>un petit appartement en location. Elle a divorcé 4 ans plus

55
00:03:09.689 --> 00:03:12.469
<v Speaker 2>tôt et elle a un fils de 17 ans, Haru, qui

56
00:03:12.509 --> 00:03:16.189
<v Speaker 2>vit encore avec elle et prépare son entrée à l'université.

57
00:03:16.240 --> 00:03:19.840
<v Speaker 2>Ses collègues à la clinique gagnent exactement comme elle, même salaire,

58
00:03:19.860 --> 00:03:23.060
<v Speaker 2>même horaire, même fatigue le soir. Mais il y a

59
00:03:23.099 --> 00:03:25.659
<v Speaker 2>une chose que Keiko fait différemment, une chose qu'elle a

60
00:03:25.699 --> 00:03:29.039
<v Speaker 2>apprise de sa grand-mère quand elle était enfant. Keiko avait

61
00:03:29.080 --> 00:03:32.340
<v Speaker 2>dix ans. Un après-midi d'hiver, sa grand-mère la fait asseoir

62
00:03:32.379 --> 00:03:35.090
<v Speaker 2>près d'elle, à la table de la cuisine. Elle a

63
00:03:35.150 --> 00:03:38.409
<v Speaker 2>posé devant elle un petit carnet usé, à la couverture fatiguée,

64
00:03:38.469 --> 00:03:42.430
<v Speaker 2>et un stylo.« Ma petite, lui a-t-elle dit, ce carnet,

65
00:03:42.469 --> 00:03:44.629
<v Speaker 2>ma mère me l'a appris.» Et sa mère le lui

66
00:03:44.650 --> 00:03:48.099
<v Speaker 2>avait appris avant elle. Puis elle a ouvert la première page,

67
00:03:48.139 --> 00:03:51.800
<v Speaker 2>encore vierge, et elle a expliqué. Au début de chaque mois,

68
00:03:51.840 --> 00:03:55.039
<v Speaker 2>avant de dépenser le moindre yène, tu t'assoies, tu prends

69
00:03:55.060 --> 00:03:58.810
<v Speaker 2>ton stylo et tu te poses quatre questions. Elle les

70
00:03:58.840 --> 00:04:02.250
<v Speaker 2>a écrites, une par une, lentement, comme si chaque mot

71
00:04:02.280 --> 00:04:06.389
<v Speaker 2>pesait son poids. Combien d'argent est-ce que j'ai vraiment? Combien

72
00:04:06.430 --> 00:04:08.990
<v Speaker 2>est-ce que je veux mettre de côté? Combien est-ce que

73
00:04:09.030 --> 00:04:13.009
<v Speaker 2>je dois absolument dépenser pour vivre? Et enfin, comment est-ce

74
00:04:13.030 --> 00:04:16.389
<v Speaker 2>que je peux faire mieux que le mois dernier? Quatre questions,

75
00:04:16.430 --> 00:04:19.610
<v Speaker 2>a répété la grand-mère. C'est tout. La plupart des gens

76
00:04:19.670 --> 00:04:22.870
<v Speaker 2>font l'inverse. Il dépense d'abord et il regarde ce qui

77
00:04:22.889 --> 00:04:25.610
<v Speaker 2>reste à la fin. Et ce qui reste, c'est presque

78
00:04:25.649 --> 00:04:30.360
<v Speaker 2>toujours rien. Toi, tu feras le contraire. Tu décideras avant.

79
00:04:30.379 --> 00:04:34.579
<v Speaker 2>Tu regarderas ton argent en face, chaque soir, dans ce carnet.

80
00:04:34.600 --> 00:04:36.959
<v Speaker 2>Parce que l'argent qu'on ne regarde pas, ma petite, c'est

81
00:04:36.980 --> 00:04:40.310
<v Speaker 2>de l'argent qui s'en va. Keiko a vu sa grand-mère

82
00:04:40.350 --> 00:04:43.250
<v Speaker 2>suivre cette règle toute sa vie. Pendant que son grand-père

83
00:04:43.290 --> 00:04:46.610
<v Speaker 2>dépensait tout ce qu'il touchait, sa grand-mère, elle, avait toujours

84
00:04:46.629 --> 00:04:49.029
<v Speaker 2>de côté. Et quand le grand-père est mort en ne

85
00:04:49.069 --> 00:04:52.430
<v Speaker 2>laissant rien derrière lui, Sa grand-mère a vécu tranquille, sans

86
00:04:52.449 --> 00:04:55.430
<v Speaker 2>jamais manquer, avec ce qu'elle avait accumulé en silence dans

87
00:04:55.470 --> 00:05:00.110
<v Speaker 2>ce petit carnet. Cette image n'a jamais quitté l'esprit de Keiko.

88
00:05:00.129 --> 00:05:02.740
<v Speaker 2>Mais comme beaucoup d'entre nous, Keiko a rangé la leçon

89
00:05:02.800 --> 00:05:05.579
<v Speaker 2>dans un coin de sa mémoire. Elle a grandi, elle

90
00:05:05.620 --> 00:05:07.779
<v Speaker 2>s'est mariée, elle a vécu au jour le jour comme

91
00:05:07.800 --> 00:05:10.439
<v Speaker 2>tout le monde. Le carnet est resté fermé pendant plus

92
00:05:10.480 --> 00:05:12.980
<v Speaker 2>de trente ans, jusqu'à ce que la vie la mette

93
00:05:13.019 --> 00:05:16.759
<v Speaker 2>au pied du mur. Après son divorce, seule avec un

94
00:05:16.779 --> 00:05:18.980
<v Speaker 2>fils à élever et un salaire qui suffisait à peine,

95
00:05:19.620 --> 00:05:22.019
<v Speaker 2>Elle a rouvert un tiroir et elle a retrouvé le

96
00:05:22.060 --> 00:05:25.660
<v Speaker 2>vieux carnet de sa grand-mère. Cette nuit-là, elle a pris

97
00:05:25.680 --> 00:05:30.339
<v Speaker 2>une décision. Elle allait enfin essayer, en silence, sans en

98
00:05:30.360 --> 00:05:34.529
<v Speaker 2>parler à personne. Le premier soir, Keiko s'est assise à

99
00:05:34.569 --> 00:05:38.069
<v Speaker 2>sa table de cuisine, le carnet ouvert devant elle. Et

100
00:05:38.110 --> 00:05:39.949
<v Speaker 2>elle a compris tout de suite qu'elle avait toujours fait

101
00:05:39.970 --> 00:05:44.250
<v Speaker 2>les choses à l'envers. Toute sa vie, elle avait dépensé d'abord,

102
00:05:44.269 --> 00:05:47.360
<v Speaker 2>puis espéré épargner ce qui restait. Et il ne restait

103
00:05:47.389 --> 00:05:51.509
<v Speaker 2>jamais rien. Le loyer, les courses, une sortie, un imprévu,

104
00:05:51.550 --> 00:05:55.170
<v Speaker 2>et le compte était vide avant même la fin du mois. L'épargne,

105
00:05:55.209 --> 00:05:58.759
<v Speaker 2>c'était toujours pour le mois prochain. Un mois prochain qui

106
00:05:58.779 --> 00:06:04.060
<v Speaker 2>n'arrivait jamais. La règle de sa grand-mère renversait complètement cette logique.

107
00:06:04.079 --> 00:06:07.970
<v Speaker 2>Ce n'était pas« je dépense et j'épargne ce qui reste»,

108
00:06:07.350 --> 00:06:14.250
<v Speaker 2>c'était l'inverse. Revenu moins épargne égale dépense. Tu enlèves l'épargne d'abord,

109
00:06:14.290 --> 00:06:17.149
<v Speaker 2>avant tout le reste. Tu te paies toi-même en premier,

110
00:06:17.189 --> 00:06:19.759
<v Speaker 2>comme si toi aussi tu étais une facture à régler,

111
00:06:19.800 --> 00:06:24.180
<v Speaker 2>la plus importante de toutes. Alors Keiko l'a fait. Sur

112
00:06:24.279 --> 00:06:28.860
<v Speaker 2>ses 1400 euros, elle a décidé d'en mettre 280 de côté immédiatement, 20%,

113
00:06:30.040 --> 00:06:32.050
<v Speaker 2>dès le jour de la paix, avant même de penser

114
00:06:32.089 --> 00:06:35.410
<v Speaker 2>aux courses ou aux loyers. Elle a retiré cette somme,

115
00:06:35.449 --> 00:06:38.600
<v Speaker 2>elle l'a rangée, hors de portée, hors de vue. Et

116
00:06:38.639 --> 00:06:43.860
<v Speaker 2>il lui restait 1120 euros pour vivre le mois entier. C'était moins, forcément,

117
00:06:43.899 --> 00:06:46.620
<v Speaker 2>et c'était voulu. Parce qu'il se passe une chose étrange

118
00:06:46.639 --> 00:06:50.399
<v Speaker 2>quand on a moins d'argent disponible. On devient plus créatif.

119
00:06:50.459 --> 00:06:53.319
<v Speaker 2>On arrête de gaspiller. On fait la différence entre ce

120
00:06:53.350 --> 00:06:56.949
<v Speaker 2>dont on a vraiment besoin et ce qui n'est qu'une envie.

121
00:06:56.970 --> 00:06:59.269
<v Speaker 2>Keiko a cessé de regarder le solde de son compte

122
00:06:59.290 --> 00:07:02.310
<v Speaker 2>pour savoir si elle pouvait s'offrir quelque chose. Elle regardait

123
00:07:02.329 --> 00:07:04.930
<v Speaker 2>son carnet. Parce qu'elle avait compris une vérité que sa

124
00:07:04.970 --> 00:07:08.350
<v Speaker 2>grand-mère lui avait soufflée des années plus tôt.« Le solde

125
00:07:08.370 --> 00:07:11.149
<v Speaker 2>de ton compte est un menteur. Il te montre de

126
00:07:11.189 --> 00:07:14.810
<v Speaker 2>l'argent qui ne t'appartient pas déjà. L'argent du loyer, l'argent

127
00:07:14.850 --> 00:07:19.870
<v Speaker 2>des factures, l'argent de l'épargne. Le solde te ment. Ton budget, lui,

128
00:07:19.910 --> 00:07:34.509
<v Speaker 2>te dit la vérité.» L'argent manquait avant la fin. Une fois,

129
00:07:34.550 --> 00:07:36.089
<v Speaker 2>elle a dû dire non à une paire de chaussures

130
00:07:36.129 --> 00:07:39.290
<v Speaker 2>qu'il lui fallait pourtant remplacer. Une autre fois, elle a

131
00:07:39.329 --> 00:07:43.029
<v Speaker 2>marché pour économiser le prix d'un trajet. Elle mangeait simplement

132
00:07:43.069 --> 00:07:46.410
<v Speaker 2>du riz, des légumes, des choses qui ne coûtent presque rien.

133
00:07:46.470 --> 00:07:48.769
<v Speaker 2>Et chaque fois qu'elle sentait la tentation de reprendre dans

134
00:07:48.790 --> 00:07:52.629
<v Speaker 2>l'enveloppe mise de côté, juste un peu, juste pour ce mois-ci,

135
00:07:52.670 --> 00:07:56.589
<v Speaker 2>elle entendait la voix de sa grand-mère.« Cet argent-là, tu

136
00:07:56.610 --> 00:08:00.870
<v Speaker 2>n'y touches pas. Jamais.» Ce qu'elle ignorait encore, c'est que

137
00:08:00.910 --> 00:08:03.730
<v Speaker 2>la vraie difficulté n'était pas de vivre avec moi. La

138
00:08:03.769 --> 00:08:07.290
<v Speaker 2>vraie difficulté allait arriver le jour où quelqu'un, en face d'elle,

139
00:08:07.329 --> 00:08:09.709
<v Speaker 2>lui tendrait une tentation qu'elle ne pourrait pas refuser sans

140
00:08:09.769 --> 00:08:13.629
<v Speaker 2>avoir l'air ridicule. Mais avant d'en arriver là, Keiko a

141
00:08:13.670 --> 00:08:18.579
<v Speaker 2>dû comprendre pourquoi, exactement, elle avait toujours perdu le contrôle. Pourquoi,

142
00:08:18.620 --> 00:08:21.579
<v Speaker 2>malgré ses efforts, l'argent lui filait entre les doigts sans

143
00:08:21.620 --> 00:08:25.740
<v Speaker 2>qu'elle s'en rende compte. Et la réponse tenait en un mot.

144
00:08:25.779 --> 00:08:30.629
<v Speaker 2>L'argent était devenu invisible. Réfléchis une seconde. Tu tapotes ta

145
00:08:30.670 --> 00:08:34.350
<v Speaker 2>carte sur un terminal. Tu cliques acheter sur ton téléphone.

146
00:08:34.370 --> 00:08:37.149
<v Speaker 2>Tu approches ta montre et c'est payé. Tu ne vois

147
00:08:37.200 --> 00:08:40.440
<v Speaker 2>jamais l'argent quitter ta main. Tu ne sens jamais la perte.

148
00:08:40.480 --> 00:08:45.960
<v Speaker 2>C'est propre, c'est rapide, c'est indolore. Et c'est précisément le problème.

149
00:08:45.980 --> 00:08:49.259
<v Speaker 2>Les entreprises ont dépensé des fortunes pour effacer cette douleur,

150
00:08:49.330 --> 00:08:51.970
<v Speaker 2>pour que payer ne fasse plus rien. Parce qu'un client

151
00:08:51.990 --> 00:08:54.110
<v Speaker 2>qui ne sent pas la douleur est un client qui

152
00:08:54.149 --> 00:08:58.539
<v Speaker 2>dépense sans réfléchir. Il existe un phénomène connu des psychologues.

153
00:08:58.610 --> 00:09:01.769
<v Speaker 2>On l'appelle la douleur de payer. Quand tu sors des

154
00:09:01.789 --> 00:09:04.490
<v Speaker 2>billets de ton portefeuille, quand tu les comptes, quand tu

155
00:09:04.509 --> 00:09:06.889
<v Speaker 2>les tends et que tu les vois partir, ton cerveau

156
00:09:06.929 --> 00:09:12.350
<v Speaker 2>enregistre une petite douleur. Un signal. Tu ressens la perte.

157
00:09:12.389 --> 00:09:15.519
<v Speaker 2>Mais quand tu tapotes une carte, cette douleur est anesthésiée.

158
00:09:15.559 --> 00:09:18.080
<v Speaker 2>Tu ne sens rien. Rien jusqu'à la fin du mois,

159
00:09:18.120 --> 00:09:22.159
<v Speaker 2>quand le relevé tombe. Et là, il est déjà trop tard.

160
00:09:22.200 --> 00:09:24.879
<v Speaker 2>Le mal est fait. L'argent est parti et tu ne

161
00:09:24.919 --> 00:09:29.210
<v Speaker 2>sais même plus vraiment où. Le cacaïbo fait exactement l'inverse.

162
00:09:29.269 --> 00:09:33.110
<v Speaker 2>Il réintroduit la friction. Il te force à écrire chaque dépense,

163
00:09:33.149 --> 00:09:35.490
<v Speaker 2>à la main, une par une. Et c'est là toute

164
00:09:35.529 --> 00:09:43.940
<v Speaker 2>sa puissance. Chaque soir, Keiko sortait son carnet et elle notait. Théodistributeur, 300 euros. Pardon, 300 yens.

165
00:09:44.000 --> 00:09:49.600
<v Speaker 2>Un petit gâteau, 200. Un trajet en bus, 210. Écrite à la main,

166
00:09:49.620 --> 00:09:52.730
<v Speaker 2>ses dépenses minuscules changeaient de nature. Quand tu dois prendre

167
00:09:52.769 --> 00:09:56.690
<v Speaker 2>ton stylo et inscrire noir sur blanc T300, ton cerveau

168
00:09:56.730 --> 00:10:00.909
<v Speaker 2>traite la chose différemment. Tu t'arrêtes, tu réfléchis. Est-ce que

169
00:10:00.929 --> 00:10:03.250
<v Speaker 2>ce T valait vraiment la peine que je l'écrive? Est-ce

170
00:10:03.269 --> 00:10:08.789
<v Speaker 2>qu'il valait l'encre du stylo? Et soudain, l'argent invisible redevient visible.

171
00:10:08.830 --> 00:10:11.450
<v Speaker 2>Keiko ne voyait plus des chiffres flous sur un écran.

172
00:10:11.490 --> 00:10:14.570
<v Speaker 2>Elle voyait la vérité. Elle ne dépensait pas de l'argent.

173
00:10:14.610 --> 00:10:17.440
<v Speaker 2>Elle dépensait son énergie de vie. Ces heures passées à

174
00:10:17.480 --> 00:10:20.960
<v Speaker 2>la clinique, ces matins froids, cette fatigue du soir, tout

175
00:10:20.980 --> 00:10:24.639
<v Speaker 2>ça transformé en un thé oublié en trois minutes. Écrit

176
00:10:24.659 --> 00:10:27.820
<v Speaker 2>dans un carnet, ça ne s'oublie plus. Autour d'elle, ses

177
00:10:27.840 --> 00:10:32.580
<v Speaker 2>collègues faisaient l'inverse. Elles tapotaient, cliquaient, commandaient, sans jamais rien sentir.«

178
00:10:33.330 --> 00:10:35.559
<v Speaker 2>Comment tu fais pour toujours savoir où va ton argent?»

179
00:10:35.769 --> 00:10:39.629
<v Speaker 2>lui demandait l'une d'elles. Keiko souriait sans répondre. Elle ne

180
00:10:39.669 --> 00:10:42.110
<v Speaker 2>parlait pas du carnet. Elle savait que le secret n'était

181
00:10:42.129 --> 00:10:44.789
<v Speaker 2>pas dans une astuce compliquée. Il était dans un geste

182
00:10:44.830 --> 00:10:48.789
<v Speaker 2>tout simple, presque ridicule, que plus personne ne faisait. Prendre

183
00:10:48.850 --> 00:10:52.929
<v Speaker 2>un stylo, chaque soir, et regarder la vérité en face.

184
00:10:52.950 --> 00:10:56.210
<v Speaker 2>Mais écrire ses dépenses ne suffisait pas. Encore fallait-il savoir

185
00:10:56.230 --> 00:10:59.129
<v Speaker 2>dans quelle case les ranger. Et là aussi, sa grand-mère

186
00:10:59.149 --> 00:11:03.549
<v Speaker 2>avait une règle. Dans le kakeibo, chaque dépense, sans exception,

187
00:11:03.600 --> 00:11:06.830
<v Speaker 2>tombe dans l'une de quatre enveloppes, pas dix. Pas un

188
00:11:06.870 --> 00:11:11.379
<v Speaker 2>tableur incompréhensible avec 50 colonnes. 4. Parce que le but n'est

189
00:11:11.399 --> 00:11:14.250
<v Speaker 2>pas de faire des mathématiques. Le but est de comprendre

190
00:11:14.289 --> 00:11:17.389
<v Speaker 2>la nature de ce que tu dépenses. La première enveloppe,

191
00:11:17.429 --> 00:11:21.129
<v Speaker 2>c'est la survie, les besoins vitaux, le loyer, la nourriture,

192
00:11:21.169 --> 00:11:24.830
<v Speaker 2>les factures, les transports pour aller travailler, les médicaments. Ce

193
00:11:24.870 --> 00:11:27.389
<v Speaker 2>sont des dépenses qu'on ne peut pas supprimer. Keiko ne

194
00:11:27.409 --> 00:11:30.220
<v Speaker 2>cherchait pas à les réduire à zéro, c'était impossible, mais

195
00:11:30.279 --> 00:11:35.419
<v Speaker 2>elle les optimisait. Elle comparait, elle cuisinait, elle traquait le gaspillage.

196
00:11:35.460 --> 00:11:37.580
<v Speaker 2>On ne peut pas couper le vital, mais on peut

197
00:11:37.600 --> 00:11:42.320
<v Speaker 2>le rendre plus léger. La deuxième enveloppe, c'est l'optionnel, les envies,

198
00:11:42.360 --> 00:11:45.679
<v Speaker 2>les sorties, les restaurants, les vêtements dont on n'a pas besoin,

199
00:11:45.720 --> 00:11:49.000
<v Speaker 2>les petits plaisirs, les abonnements qu'on oublie. Et c'est ici,

200
00:11:49.080 --> 00:11:52.820
<v Speaker 2>exactement ici, que tout se joue. C'est la fuite, c'est

201
00:11:52.860 --> 00:11:55.200
<v Speaker 2>la fissure dans la terre du jardin. C'est là que

202
00:11:55.240 --> 00:11:58.980
<v Speaker 2>la bataille est gagnée ou perdue. Keiko l'avait compris. Ce

203
00:11:59.019 --> 00:12:03.039
<v Speaker 2>n'était pas son loyer qui la ruinait. C'étaient les petites envies, additionnées,

204
00:12:03.059 --> 00:12:07.759
<v Speaker 2>mois après mois. La troisième enveloppe, sa grand-mère y tenait particulièrement.

205
00:12:07.799 --> 00:12:11.950
<v Speaker 2>C'est la culture. La nourriture de l'esprit. Les livres, les cours,

206
00:12:12.029 --> 00:12:15.789
<v Speaker 2>une exposition, quelque chose qui te fait grandir. Le kakeibo

207
00:12:15.830 --> 00:12:19.929
<v Speaker 2>n'interdit pas cette dépense. Au contraire, il l'encourage. Parce que

208
00:12:19.960 --> 00:12:22.120
<v Speaker 2>l'argent que tu mets à nourrir ton esprit, ce n'est

209
00:12:22.139 --> 00:12:26.419
<v Speaker 2>pas une dépense, c'est un investissement. Mais, disait la grand-mère,

210
00:12:26.440 --> 00:12:30.850
<v Speaker 2>même celle-là, tu l'écris, tu la surveilles. Et la quatrième enveloppe,

211
00:12:30.889 --> 00:12:35.149
<v Speaker 2>c'est l'imprévu, l'extra. La réparation soudaine, le cadeau qu'on n'avait

212
00:12:35.190 --> 00:12:38.159
<v Speaker 2>pas prévu, l'appareil qui tombe en panne au pire moment.

213
00:12:38.179 --> 00:12:40.299
<v Speaker 2>Les choses de la vie qu'on ne peut jamais planifier,

214
00:12:40.320 --> 00:12:44.490
<v Speaker 2>mais qui arrivent toujours. Chaque soir, Keiku s'asseyait trois minutes,

215
00:12:44.529 --> 00:12:47.379
<v Speaker 2>pas plus. Elle sortait ses reçus de la journée et

216
00:12:47.419 --> 00:12:49.899
<v Speaker 2>elle les rangeait, un par un, dans les quatre enveloppes

217
00:12:49.919 --> 00:12:53.159
<v Speaker 2>de son carnet. Ce petit rituel du soir, c'était le

218
00:12:53.179 --> 00:12:56.090
<v Speaker 2>cœur battant de toute la méthode, parce qu'il l'obligeait à

219
00:12:56.149 --> 00:12:59.269
<v Speaker 2>regarder ses choix pendant que le souvenir était encore frais.

220
00:12:59.309 --> 00:13:01.730
<v Speaker 2>Si elle avait trop dépensé la veille, elle l'écrivait le

221
00:13:01.750 --> 00:13:05.309
<v Speaker 2>matin même, à froid. Et elle sentait une petite piqûre,

222
00:13:05.370 --> 00:13:10.450
<v Speaker 2>un pincement. Et cette piqûre-là l'empêchait de recommencer le soir suivant.

223
00:13:10.490 --> 00:13:12.870
<v Speaker 2>La plupart des gens ne font jamais ça. Ils attendent

224
00:13:12.909 --> 00:13:15.690
<v Speaker 2>la fin du mois pour regarder leur compte. Mais regarder

225
00:13:15.730 --> 00:13:17.830
<v Speaker 2>ses comptes à la fin du mois, c'est comme pratiquer

226
00:13:17.870 --> 00:13:21.669
<v Speaker 2>une autopsie. Le patient est déjà mort, l'argent est déjà parti.

227
00:13:22.169 --> 00:13:25.529
<v Speaker 2>Tu ne peux plus que constater les dégâts. Le kakeibo, lui,

228
00:13:25.549 --> 00:13:28.970
<v Speaker 2>c'est un examen quotidien, un petit contrôle chaque soir. Et

229
00:13:28.990 --> 00:13:31.600
<v Speaker 2>c'est ce qui garde le patient en vie. C'est sur

230
00:13:31.639 --> 00:13:34.500
<v Speaker 2>la deuxième enveloppe, celle des envies, que Keiko a livré

231
00:13:34.539 --> 00:13:37.940
<v Speaker 2>sa première vraie bataille. Et pour la gagner, elle a

232
00:13:37.980 --> 00:13:40.519
<v Speaker 2>fait quelque chose que sa grand-mère lui avait enseigné. Quelque

233
00:13:40.539 --> 00:13:43.940
<v Speaker 2>chose qui paraît absurde à l'air du sans-contact. Elle a

234
00:13:43.960 --> 00:13:48.100
<v Speaker 2>utilisé du liquide. Au début de chaque mois, Keiko retirait

235
00:13:48.159 --> 00:13:51.259
<v Speaker 2>en billets le montant exact qu'elle s'autorisait pour les plaisirs,

236
00:13:51.279 --> 00:13:54.070
<v Speaker 2>pas un euro de plus. Elle glissait ses billets dans

237
00:13:54.090 --> 00:13:57.490
<v Speaker 2>une enveloppe, et cette enveloppe, c'était toute sa vie sociale,

238
00:13:57.529 --> 00:14:00.350
<v Speaker 2>tous ses petits plaisirs du mois. Quand elle sortait boire

239
00:14:00.429 --> 00:14:03.210
<v Speaker 2>un thé avec une amie, elle payait avec cette enveloppe.

240
00:14:03.230 --> 00:14:06.730
<v Speaker 2>Quand elle voulait s'offrir quelque chose, c'était là qu'elle puisait.

241
00:14:06.789 --> 00:14:10.909
<v Speaker 2>Et le jour où l'enveloppe était vide, c'était fini, terminé,

242
00:14:10.950 --> 00:14:14.649
<v Speaker 2>jusqu'au mois suivant. Pas de découvertes. Pas de« je le

243
00:14:14.669 --> 00:14:16.850
<v Speaker 2>mets sur la carte et je verrai plus tard». La

244
00:14:16.889 --> 00:14:21.070
<v Speaker 2>limite était physique, et donc absolue. Une enveloppe vide ne

245
00:14:21.110 --> 00:14:24.669
<v Speaker 2>peut rien acheter. On ne triche pas avec la physique.

246
00:14:24.690 --> 00:14:28.740
<v Speaker 2>Le troisième mois, l'épreuve est arrivée. Un mercredi soir. L'enveloppe

247
00:14:28.779 --> 00:14:31.740
<v Speaker 2>des plaisirs était déjà vide, épuisée trop vite, sur des

248
00:14:31.759 --> 00:14:35.259
<v Speaker 2>petites choses sans importance. Il restait encore douze jours avant

249
00:14:35.299 --> 00:14:39.470
<v Speaker 2>la paix. Et ce soir-là, une amie l'a appelée.« Keiko,

250
00:14:39.500 --> 00:14:42.649
<v Speaker 2>on se retrouve tout au restaurant vendredi, tu viens?» Un dîner.

251
00:14:43.110 --> 00:14:48.250
<v Speaker 2>Rien d'extravagant, l'équivalent de 25 euros, peut-être 30. Keiko a regardé son

252
00:14:48.309 --> 00:14:50.789
<v Speaker 2>enveloppe vide sur la table. Elle avait de l'argent sur

253
00:14:50.830 --> 00:14:53.970
<v Speaker 2>son compte, bien sûr. Elle avait même l'enveloppe de l'épargne

254
00:14:54.009 --> 00:14:57.789
<v Speaker 2>juste là, dans le tiroir. Elle aurait pu y prendre 30 euros,

255
00:14:57.840 --> 00:15:01.559
<v Speaker 2>personne n'en aurait rien su. Juste cette fois. Elle a

256
00:15:01.600 --> 00:15:04.419
<v Speaker 2>dit non.« Je ne peux pas cette semaine, je n'ai

257
00:15:04.440 --> 00:15:06.960
<v Speaker 2>plus de budget.» Il y a eu un silence au

258
00:15:06.980 --> 00:15:10.759
<v Speaker 2>bout du fil, puis un petit rire.« Plus de budget?

259
00:15:11.269 --> 00:15:12.649
<v Speaker 2>Mais tu as été payé il y a deux semaines

260
00:15:12.669 --> 00:15:16.080
<v Speaker 2>à peine. Qu'est-ce que tu as fait de ton argent?

261
00:15:15.529 --> 00:15:18.720
<v Speaker 2>Keiko n'a rien expliqué. Elle n'a pas parlé des enveloppes,

262
00:15:18.750 --> 00:15:21.820
<v Speaker 2>ni du carnet, ni de sa grand-mère. On l'aurait prise

263
00:15:21.860 --> 00:15:25.419
<v Speaker 2>pour une originale, ou pire, pour une radine. Elle a

264
00:15:25.460 --> 00:15:29.779
<v Speaker 2>simplement dit qu'elle était fatiguée et elle a raccroché. Ce vendredi-là,

265
00:15:29.820 --> 00:15:32.679
<v Speaker 2>pendant que ses amis riaient au restaurant, Keiko a mangé

266
00:15:32.720 --> 00:15:36.159
<v Speaker 2>du rillet des légumes, seule dans sa cuisine. Eh oui,

267
00:15:36.200 --> 00:15:39.980
<v Speaker 2>ça piquait un peu. La solitude, le sentiment d'être à côté,

268
00:15:40.000 --> 00:15:43.230
<v Speaker 2>de rater quelque chose. Mais en même temps, quelque chose

269
00:15:43.289 --> 00:15:48.269
<v Speaker 2>d'autre grandissait en elle. Une fierté silencieuse. Elle avait tenu.

270
00:15:48.330 --> 00:15:51.129
<v Speaker 2>Et surtout, elle a appris une leçon qu'aucun conseil n'aurait

271
00:15:51.149 --> 00:15:54.100
<v Speaker 2>pu lui enseigner aussi bien. Si tu vis ton enveloppe

272
00:15:54.120 --> 00:15:56.519
<v Speaker 2>la première semaine, tu passes le reste du mois à

273
00:15:56.559 --> 00:16:00.340
<v Speaker 2>la maison. La douleur t'apprend à te réguler toute seule.

274
00:16:00.360 --> 00:16:03.360
<v Speaker 2>Le mois suivant, sans qu'on ait besoin de le lui dire,

275
00:16:03.399 --> 00:16:06.779
<v Speaker 2>Keiko a ralenti. Elle a fait durer. Elle a appris

276
00:16:06.799 --> 00:16:09.000
<v Speaker 2>à gérer son plaisir comme on gère une réserve d'eau

277
00:16:09.039 --> 00:16:12.730
<v Speaker 2>dans le désert. Mais la tentation suivante allait être bien

278
00:16:12.769 --> 00:16:15.830
<v Speaker 2>plus sournoise. Car cette fois, ce ne serait pas une

279
00:16:15.870 --> 00:16:20.990
<v Speaker 2>amie au téléphone, ce serait son propre désir, silencieux, patient,

280
00:16:21.029 --> 00:16:24.490
<v Speaker 2>qui allait la travailler de l'intérieur. Nous vivons à l'ère

281
00:16:24.529 --> 00:16:28.080
<v Speaker 2>de la gratification instantanée. Tu vois un objet, tu le veux,

282
00:16:28.120 --> 00:16:31.340
<v Speaker 2>tu cliques. Il arrive le lendemain devant ta porte. Entre

283
00:16:31.379 --> 00:16:33.919
<v Speaker 2>le désir et la possession, il ne s'écoule plus que

284
00:16:33.940 --> 00:16:38.379
<v Speaker 2>quelques heures. Et cette vitesse, aussi agréable soit-elle, détruit la

285
00:16:38.419 --> 00:16:41.409
<v Speaker 2>richesse en silence. parce qu'elle ne laisse aucune place à

286
00:16:41.470 --> 00:16:46.210
<v Speaker 2>la réflexion, aucune place aux doutes. Kelko l'a découvert un après-midi,

287
00:16:46.250 --> 00:16:51.649
<v Speaker 2>en passant devant la vitrine d'un magasin. Un robot de cuisine, élégant, brillant,

288
00:16:51.710 --> 00:16:55.330
<v Speaker 2>exactement celui qu'elle regardait depuis des semaines dans les publicités.

289
00:16:55.389 --> 00:16:59.549
<v Speaker 2>Il coûtait l'équivalent de 250 euros, une petite fortune pour elle.

290
00:16:59.620 --> 00:17:02.679
<v Speaker 2>Et pourtant, à cet instant précis, elle le voulait de

291
00:17:02.700 --> 00:17:06.259
<v Speaker 2>tout son être. Elle s'imaginait déjà cuisinée avec, elle se

292
00:17:06.299 --> 00:17:09.839
<v Speaker 2>trouvait mille raisons.« J'en ai besoin», Ça me ferait gagner

293
00:17:09.859 --> 00:17:14.339
<v Speaker 2>du temps, je le mérite après tout ce que je m'impose. Autrefois,

294
00:17:14.400 --> 00:17:17.259
<v Speaker 2>elle l'aurait acheté sur le champ. Mais cette fois, elle

295
00:17:17.299 --> 00:17:20.279
<v Speaker 2>a appliqué une autre règle de sa grand-mère, la règle

296
00:17:20.299 --> 00:17:23.349
<v Speaker 2>des trente jours. Quand tu désires quelque chose qui n'est

297
00:17:23.369 --> 00:17:26.269
<v Speaker 2>pas un besoin vital, tu ne l'achètes pas, pas tout

298
00:17:26.289 --> 00:17:29.170
<v Speaker 2>de suite. Tu prends ton carnet et tu l'écris sur

299
00:17:29.210 --> 00:17:34.009
<v Speaker 2>une page à part, une page qui s'allèle« liste d'envie».

300
00:17:33.089 --> 00:17:36.279
<v Speaker 2>Tu notes l'objet, son prix et la date. Et puis

301
00:17:36.299 --> 00:17:41.029
<v Speaker 2>tu attends. Trente jours. Un mois entier, sans y toucher.

302
00:17:41.069 --> 00:17:46.069
<v Speaker 2>Alors Keiko a écrit. Robots de cuisine, 250 euros. Et elle

303
00:17:46.089 --> 00:17:49.450
<v Speaker 2>est rentrée chez elle sans l'acheter. Les premiers jours, l'objet

304
00:17:49.470 --> 00:17:53.549
<v Speaker 2>l'a hantée. Elle y repensait le soir, elle refaisait ses calculs,

305
00:17:53.589 --> 00:17:56.309
<v Speaker 2>elle se disait qu'elle passait à côté d'une occasion. Mais

306
00:17:56.349 --> 00:18:00.670
<v Speaker 2>les jours ont passé. Une semaine, deux semaines. Et lentement,

307
00:18:00.710 --> 00:18:04.670
<v Speaker 2>quelque chose d'étrange s'est produit. L'envie s'est mise à pâlir,

308
00:18:04.730 --> 00:18:09.230
<v Speaker 2>à s'effacer. Le robot qui, dans la vitrine, semblait indispensable,

309
00:18:09.269 --> 00:18:12.970
<v Speaker 2>est devenu flou dans son esprit. Au bout de 30 jours,

310
00:18:12.990 --> 00:18:14.750
<v Speaker 2>Keiko a rouvert son carnet à la page de la

311
00:18:14.789 --> 00:18:20.359
<v Speaker 2>liste d'envie. Elle a relu« Robots de cuisine, 250 euros». Et

312
00:18:20.400 --> 00:18:24.029
<v Speaker 2>elle s'est posé la question« Est-ce que je le veux encore, vraiment?»

313
00:18:24.720 --> 00:18:28.960
<v Speaker 2>Avec la même force qu'au premier jour? La réponse était non.

314
00:18:29.019 --> 00:18:32.539
<v Speaker 2>En vérité, elle avait presque oublié qu'elle l'avait voulu. Elle

315
00:18:32.559 --> 00:18:35.490
<v Speaker 2>a regardé la ligne et elle a pensé« Mais pourquoi

316
00:18:35.529 --> 00:18:38.450
<v Speaker 2>est-ce que je croyais avoir besoin de ça? Elle venait

317
00:18:38.470 --> 00:18:44.599
<v Speaker 2>d'économiser 250 euros en ne faisant absolument rien. C'est le secret

318
00:18:44.619 --> 00:18:48.099
<v Speaker 2>que personne ne t'explique. 9 fois sur 10, ce que tu

319
00:18:48.119 --> 00:18:51.859
<v Speaker 2>crois désirer n'est pas un vrai désir, c'est une humeur.

320
00:18:51.900 --> 00:18:55.000
<v Speaker 2>Tu étais fatigué ou triste ou tu t'ennuyais et ton

321
00:18:55.039 --> 00:18:57.650
<v Speaker 2>cerveau a cherché une petite dose de plaisir, une petite

322
00:18:57.670 --> 00:19:02.569
<v Speaker 2>dose de dopamine. L'achat n'était qu'un pansement sur une émotion.

323
00:19:02.630 --> 00:19:06.000
<v Speaker 2>En attendant 30 jours, Keiko ne se privait pas, elle laissait

324
00:19:06.019 --> 00:19:08.420
<v Speaker 2>simplement le temps faire le tri entre les vraies envies

325
00:19:08.460 --> 00:19:11.660
<v Speaker 2>et les fausses. Car la règle des trente jours n'est

326
00:19:11.700 --> 00:19:15.589
<v Speaker 2>pas un interdit, c'est un filtre. Si après trente jours

327
00:19:15.630 --> 00:19:19.230
<v Speaker 2>tu désires encore l'objet avec la même intensité, alors achète-le,

328
00:19:19.269 --> 00:19:23.089
<v Speaker 2>l'esprit tranquille. Ce ne sera plus une impulsion, ce sera

329
00:19:23.150 --> 00:19:26.730
<v Speaker 2>un choix. Et un achat réfléchi ne laisse jamais ce

330
00:19:26.769 --> 00:19:30.019
<v Speaker 2>petit goût amer du regret. Il y a une question

331
00:19:30.039 --> 00:19:33.490
<v Speaker 2>que Keiko a fini par se poser. Pourquoi achetons-nous autant

332
00:19:33.529 --> 00:19:37.650
<v Speaker 2>de choses? Pourquoi ce besoin permanent de neuf, de plus,

333
00:19:37.690 --> 00:19:41.509
<v Speaker 2>d'autres choses? Et la réponse, elle l'a trouvée dans un

334
00:19:41.549 --> 00:19:46.640
<v Speaker 2>vieux mot japonais que sa grand-mère employait souvent. Monozukuri. Le

335
00:19:46.680 --> 00:19:50.859
<v Speaker 2>respect profond des objets, du travail et de la matière.

336
00:19:50.920 --> 00:19:54.740
<v Speaker 2>Un mot cousin d'un autre, motteinaï. Ce sentiment de regret

337
00:19:54.779 --> 00:19:57.900
<v Speaker 2>devant le gaspillage. Cette petite douleur de jeter une chose

338
00:19:57.920 --> 00:20:02.279
<v Speaker 2>qui pouvait encore servir. Nous avons perdu ça. Nous traitons

339
00:20:02.339 --> 00:20:06.660
<v Speaker 2>les objets comme des choses jetables, remplaçables, sans valeur. Une

340
00:20:06.680 --> 00:20:10.720
<v Speaker 2>chaussure s'use, on la jette. Un téléphone ralentit, on en

341
00:20:10.759 --> 00:20:14.140
<v Speaker 2>achète un autre. Un vêtement se démode, il finit au

342
00:20:14.180 --> 00:20:19.440
<v Speaker 2>fond d'un placard. Le kakeibo enseigne exactement l'inverse. Il t'apprend

343
00:20:19.460 --> 00:20:22.480
<v Speaker 2>à aimer ce que tu possèdes déjà. Alors Keiko a

344
00:20:22.519 --> 00:20:26.119
<v Speaker 2>changé ses gestes. Avant d'acheter une nouvelle paire de chaussures,

345
00:20:26.180 --> 00:20:29.859
<v Speaker 2>elle cirait les anciennes. Et elle redécouvrait qu'elles étaient encore belles.

346
00:20:30.960 --> 00:20:34.339
<v Speaker 2>Avant de remplacer son téléphone, elle le nettoyait, elle effaçait

347
00:20:34.359 --> 00:20:38.200
<v Speaker 2>les fichiers inutiles et il repartait comme neuf. Quand un

348
00:20:38.240 --> 00:20:42.279
<v Speaker 2>vêtement se déchirait, elle le réparait, une aiguille, du fil,

349
00:20:42.319 --> 00:20:46.099
<v Speaker 2>dix minutes le soir. En prenant soin de ses affaires,

350
00:20:46.160 --> 00:20:49.740
<v Speaker 2>elle prolongeait leur vie. Et surtout, elle éteignait ce désir

351
00:20:49.809 --> 00:20:54.309
<v Speaker 2>permanent de nouveauté. Parce qu'il faut comprendre une chose. Toute

352
00:20:54.329 --> 00:20:58.470
<v Speaker 2>l'économie de consommation repose sur ton insatisfaction. On a besoin

353
00:20:58.509 --> 00:21:00.990
<v Speaker 2>que tu sois mécontent de ce que tu as. On

354
00:21:01.049 --> 00:21:03.650
<v Speaker 2>a besoin que tu regardes tes vieilles chaussures avec dégoût

355
00:21:03.690 --> 00:21:07.029
<v Speaker 2>pour que tu en achètes des neuves. Le kakeibo casse

356
00:21:07.049 --> 00:21:11.289
<v Speaker 2>ce mécanisme. Il t'apprend à trouver de la satisfaction dans l'entretien,

357
00:21:11.329 --> 00:21:15.519
<v Speaker 2>dans la réparation, dans le soin. Réparer une chemise plutôt

358
00:21:15.559 --> 00:21:19.079
<v Speaker 2>que d'en racheter une, c'est un petit acte de rébellion.

359
00:21:19.119 --> 00:21:22.680
<v Speaker 2>Ça t'économise de l'argent, oui. Mais surtout, ça fait de

360
00:21:22.700 --> 00:21:25.279
<v Speaker 2>toi le maître de tes objets au lieu d'un esclave

361
00:21:25.319 --> 00:21:29.920
<v Speaker 2>des magasins. Seulement, ce chemin-là a un prix. Et ce

362
00:21:29.940 --> 00:21:33.779
<v Speaker 2>prix Ce sont les regards des autres. Autour d'elle, on

363
00:21:33.819 --> 00:21:37.109
<v Speaker 2>avait commencé à parler. Ses amis remarquaient qu'elle ne renouvelait

364
00:21:37.119 --> 00:21:40.589
<v Speaker 2>plus sa garde-robe, qu'elle refusait les sorties, qu'elle portait le

365
00:21:40.609 --> 00:21:45.049
<v Speaker 2>même manteau d'un hiver à l'autre. Et les murmures ont commencé.«

366
00:21:45.089 --> 00:21:50.029
<v Speaker 2>Tu as vu Keiko? Elle devient radine.» Le divorce l'a changé.

367
00:21:50.069 --> 00:21:53.329
<v Speaker 2>Elle se laisse aller, elle ne se fait plus plaisir.

368
00:21:53.369 --> 00:21:56.529
<v Speaker 2>Certaines le disaient à voix basse. D'autres le lui lançaient

369
00:21:56.549 --> 00:21:59.339
<v Speaker 2>presque en face, sous forme de plaisanterie qui n'en était

370
00:21:59.380 --> 00:22:04.099
<v Speaker 2>pas une. Ces mots faisaient mal. Personne n'aime être jugé,

371
00:22:04.160 --> 00:22:07.660
<v Speaker 2>être vu comme celle qui se prive, celle qui compte.

372
00:22:07.720 --> 00:22:10.640
<v Speaker 2>Il aurait été si facile, pour faire taire les murmures,

373
00:22:10.660 --> 00:22:14.220
<v Speaker 2>de sortir la carte, de racheter un manteau, de redevenir

374
00:22:14.240 --> 00:22:17.890
<v Speaker 2>comme tout le monde. Beaucoup de gens abandonnent exactement à

375
00:22:17.950 --> 00:22:21.029
<v Speaker 2>ce moment-là. Pas parce que la méthode est trop dure,

376
00:22:21.069 --> 00:22:23.990
<v Speaker 2>mais parce que le regard des autres est trop lourd.

377
00:22:24.029 --> 00:22:26.910
<v Speaker 2>Mais Keiko tenait bon, parce qu'elle savait une chose que

378
00:22:26.930 --> 00:22:30.529
<v Speaker 2>les autres ignoraient. Ce qu'elle protégeait n'était pas de la radinerie.

379
00:22:31.150 --> 00:22:34.430
<v Speaker 2>Ce n'était pas de la privation. Derrière son vieux manteau

380
00:22:34.470 --> 00:22:37.869
<v Speaker 2>et ses chaussures cirées, elle construisait quelque chose que personne

381
00:22:37.910 --> 00:22:42.079
<v Speaker 2>ne pouvait voir. Elle achetait, goutte après goutte, la seule

382
00:22:42.099 --> 00:22:46.819
<v Speaker 2>chose qui compte vraiment, sa liberté future. À la fin

383
00:22:46.839 --> 00:22:49.500
<v Speaker 2>de chaque mois, Keiko ne se contentait pas de refermer

384
00:22:49.539 --> 00:22:53.420
<v Speaker 2>son carnet. Elle accomplissait un dernier rituel, peut-être le plus

385
00:22:53.480 --> 00:22:59.720
<v Speaker 2>important de tous. Sa grand-mère l'appelait le Hansei, la réflexion.

386
00:22:59.740 --> 00:23:02.460
<v Speaker 2>Le moment où l'on s'arrête, où l'on regarde en arrière

387
00:23:02.500 --> 00:23:05.839
<v Speaker 2>et où l'on se demande honnêtement« comment ai-je fait ce mois-ci?»

388
00:23:06.980 --> 00:23:11.539
<v Speaker 2>Keiko s'asseyait, son carnet ouvert, et elle comparait. D'un côté,

389
00:23:11.559 --> 00:23:14.430
<v Speaker 2>ce qu'elle avait prévu de dépenser, de l'autre, ce qu'elle

390
00:23:14.470 --> 00:23:18.349
<v Speaker 2>avait réellement dépensé. Et elle se posait les questions difficiles,

391
00:23:18.369 --> 00:23:22.960
<v Speaker 2>sans se mentir.« Où est-ce que j'ai échoué ce mois-ci?

392
00:23:22.390 --> 00:23:25.369
<v Speaker 2>Pourquoi est-ce que j'ai dépensé 50 euros en plats à emporter

393
00:23:25.410 --> 00:23:29.480
<v Speaker 2>alors que j'avais de quoi cuisiner? Est-ce que j'étais fatigué?

394
00:23:29.029 --> 00:23:33.309
<v Speaker 2>Est-ce que j'étais triste? Attention, le Hansei, ce n'est pas

395
00:23:33.329 --> 00:23:35.730
<v Speaker 2>se flageller. Ce n'est pas passer la soirée à se

396
00:23:35.750 --> 00:23:39.250
<v Speaker 2>dire qu'on est nul, incapable, sans volonté. Ça, ça ne

397
00:23:39.269 --> 00:23:43.309
<v Speaker 2>sert à rien. Et ça finit toujours par tout faire abandonner. Non,

398
00:23:43.329 --> 00:23:46.670
<v Speaker 2>le Hansei, c'est de la collecte de données. Keiko ne

399
00:23:46.710 --> 00:23:50.380
<v Speaker 2>se jugeait pas. Elle s'observait. Comme une scientifique se penche

400
00:23:50.400 --> 00:23:55.000
<v Speaker 2>sur son expérience, froidement, avec curiosité. Elle étudiait son propre

401
00:23:55.039 --> 00:23:58.900
<v Speaker 2>comportement pour le comprendre. Et à force de s'observer, elle

402
00:23:58.940 --> 00:24:02.339
<v Speaker 2>a fini par voir des schémas, des répétitions. Elle a

403
00:24:02.380 --> 00:24:05.380
<v Speaker 2>remarqué par exemple que ses pires dépenses arrivaient toujours les

404
00:24:05.440 --> 00:24:09.160
<v Speaker 2>soirs où elle rentrait épuisée et stressée de la clinique.

405
00:24:09.180 --> 00:24:12.009
<v Speaker 2>Ces soirs-là, elle n'avait pas le courage de cuisiner, alors

406
00:24:12.049 --> 00:24:15.410
<v Speaker 2>elle commandait. Elle s'offrait un petit quelque chose pour se

407
00:24:15.430 --> 00:24:20.390
<v Speaker 2>remonter le moral. Le stress ouvrait le portefeuille. Une fois

408
00:24:20.410 --> 00:24:23.410
<v Speaker 2>qu'elle a compris ça, tout a changé. Parce qu'elle avait

409
00:24:23.450 --> 00:24:28.230
<v Speaker 2>identifié son déclencheur, le stress. et un déclencheur qu'on connaît,

410
00:24:28.289 --> 00:24:31.650
<v Speaker 2>on peut le désamorcer. Le mois suivant, quand elle rentrait

411
00:24:31.710 --> 00:24:34.329
<v Speaker 2>tendue et vidée, elle ne se précipitait plus vers son

412
00:24:34.349 --> 00:24:39.369
<v Speaker 2>téléphone pour commander. Elle avait préparé une alternative, gratuite. Un

413
00:24:39.390 --> 00:24:42.519
<v Speaker 2>bain chaud, une longue marche dans le froid, une tasse

414
00:24:42.539 --> 00:24:45.740
<v Speaker 2>de thé et quelques pages d'un livre. Elle avait remplacé

415
00:24:45.759 --> 00:24:50.000
<v Speaker 2>le pansement payant par un vrai remède, qui ne coûtait rien.

416
00:24:50.039 --> 00:24:52.720
<v Speaker 2>C'est ça le génie caché du cacaïbo. Il ne se

417
00:24:52.759 --> 00:24:55.740
<v Speaker 2>contente pas de te faire économiser, il crée une boucle.

418
00:24:56.549 --> 00:25:00.190
<v Speaker 2>Chaque mois, tu observes, tu comprends, tu ajustes. Et le

419
00:25:00.210 --> 00:25:03.630
<v Speaker 2>mois suivant, tu es un peu meilleur, un peu plus fine,

420
00:25:03.690 --> 00:25:06.950
<v Speaker 2>un peu plus solide. Les Japonais ont un mot pour

421
00:25:06.990 --> 00:25:12.880
<v Speaker 2>cette amélioration continue, minuscule mais constante, le kaizen. Progresser d'un

422
00:25:12.920 --> 00:25:17.240
<v Speaker 2>tout petit pas, mais chaque mois, sans jamais s'arrêter. Keiko

423
00:25:17.279 --> 00:25:20.480
<v Speaker 2>devenait plus forte de mois en mois. Là où au début,

424
00:25:20.500 --> 00:25:23.970
<v Speaker 2>tenir avec moi était un combat, c'était devenu une habitude,

425
00:25:24.009 --> 00:25:27.180
<v Speaker 2>presque un jeu. Et pendant ce temps, dans le tiroir,

426
00:25:27.220 --> 00:00:00.000
<v Speaker 2>puis dans un petit coffre, l'épargne grandissait, lentement, silencieusement. 280

427
00:25:33.680 --> 00:25:37.319
<v Speaker 2>euros chaque mois, posés là, sans jamais y toucher. Un

428
00:25:37.359 --> 00:25:41.480
<v Speaker 2>chiffre qui, mois après mois, gonflait sans bruit. Keiko ne

429
00:25:41.509 --> 00:25:45.730
<v Speaker 2>le savait pas encore, mais cette croissance invisible, patiente, presque

430
00:25:45.789 --> 00:25:50.230
<v Speaker 2>insignifiante vue de l'extérieur, était en train de construire quelque chose.

431
00:25:50.250 --> 00:25:53.390
<v Speaker 2>Quelque chose qui, très bientôt, allait changer complètement le cours

432
00:25:53.430 --> 00:25:56.259
<v Speaker 2>de sa vie. Il faut maintenant que tu comprennes le

433
00:25:56.299 --> 00:25:59.740
<v Speaker 2>secret que connaissent les gens réellement riches. Un secret si

434
00:25:59.799 --> 00:26:03.539
<v Speaker 2>simple qu'on refuse d'y croire. La richesse, ce n'est pas

435
00:26:03.579 --> 00:26:06.960
<v Speaker 2>une question de revenu, ce n'est pas combien tu gagnes.

436
00:26:06.980 --> 00:26:10.680
<v Speaker 2>C'est l'écart. L'écart entre ce que tu gagnes et ce

437
00:26:10.700 --> 00:26:15.740
<v Speaker 2>que tu dépenses. Rien d'autre. Prends deux hommes. Le premier

438
00:26:15.779 --> 00:26:20.799
<v Speaker 2>gagne 200 000 euros par an et il en dépense 200 000. Voiture de luxe,

439
00:26:20.819 --> 00:26:24.180
<v Speaker 2>grand maison, tout ce qui brille. Sur le papier, il

440
00:26:24.220 --> 00:26:29.619
<v Speaker 2>est riche. En réalité, sa richesse est de zéro. Zéro.

441
00:26:29.680 --> 00:26:33.180
<v Speaker 2>Il est sur un tapis roulant. Il court sans avancer.

442
00:26:33.220 --> 00:26:35.720
<v Speaker 2>Et s'il perd son emploi demain, il est ruiné en

443
00:26:35.799 --> 00:26:39.039
<v Speaker 2>un mois. Le second gagne 40 000 euros par an et il

444
00:26:39.099 --> 00:26:43.890
<v Speaker 2>en dépense 25 000. Il met 15 000 de côté chaque année. Il n'a

445
00:26:43.930 --> 00:26:46.109
<v Speaker 2>pas la grande maison, mais il a quelque chose que

446
00:26:46.130 --> 00:26:50.769
<v Speaker 2>le premier n'aura jamais. Il possède sa liberté. Le second

447
00:26:50.829 --> 00:26:53.490
<v Speaker 2>est plus riche que le premier, parce que le second

448
00:26:53.529 --> 00:26:57.769
<v Speaker 2>est propriétaire de son temps. Keiko avait compris ça. Elle

449
00:26:57.789 --> 00:27:02.450
<v Speaker 2>ne pouvait pas décider de son salaire. Les augmentations sont rares, difficiles,

450
00:27:02.490 --> 00:27:05.990
<v Speaker 2>elles ne dépendent pas de nous. Mais ses dépenses, elle,

451
00:27:06.029 --> 00:27:08.990
<v Speaker 2>elle les contrôlait chaque jour. Alors elle a fait la

452
00:27:09.029 --> 00:27:14.549
<v Speaker 2>seule chose qui était en son pouvoir. Elle a élargi l'écart, patiemment,

453
00:27:14.569 --> 00:27:18.549
<v Speaker 2>mois après mois. Et un jour, elle a fait ses comptes.

454
00:27:18.589 --> 00:27:21.470
<v Speaker 2>Cela faisait quatre ans qu'elle tenait son carnet sans jamais faillir.

455
00:00:00.000 --> 00:27:26.440
<v Speaker 2>280 euros mis de côté chaque mois, 48 mois de suite,

456
00:27:26.480 --> 00:27:30.630
<v Speaker 2>sans en manquer un seul. Auquel s'ajoutaient les envies évitées,

457
00:27:30.670 --> 00:27:34.130
<v Speaker 2>les 30 jours qui tuaient les achats inutiles, les objets réparés

458
00:27:34.150 --> 00:27:38.109
<v Speaker 2>plutôt que rachetés. En ouvrant son coffre ce soir-là, Keiko

459
00:27:38.150 --> 00:27:42.509
<v Speaker 2>a compté un peu plus de 16 000 euros. 16 000 euros. Quand

460
00:27:42.549 --> 00:27:45.130
<v Speaker 2>elle avait commencé, elle n'aurait jamais cru une telle somme

461
00:27:45.170 --> 00:27:49.960
<v Speaker 2>possible avec son salaire. Mais l'argent qui dort ne construit rien.

462
00:27:50.019 --> 00:27:53.910
<v Speaker 2>Et sa grand-mère avait été claire là-dessus. Cet argent-là, on

463
00:27:53.930 --> 00:27:57.470
<v Speaker 2>n'y touche que pour une seule raison, pour construire, pour

464
00:27:57.519 --> 00:28:02.519
<v Speaker 2>le faire grandir ou pour se protéger, jamais pour dépenser. Alors,

465
00:28:02.559 --> 00:28:05.420
<v Speaker 2>avec cet épargne, Keiko a fait un apport. Elle a

466
00:28:05.440 --> 00:28:08.640
<v Speaker 2>acheté un petit logement, modeste, bien situé, qu'elle a aussitôt

467
00:28:08.660 --> 00:28:12.480
<v Speaker 2>mis en location. Ce logement lui rapportait chaque mois un loyer,

468
00:28:12.519 --> 00:28:15.400
<v Speaker 2>un revenu qui tombait, désormais, sans qu'elle ait à travailler

469
00:28:15.440 --> 00:28:19.710
<v Speaker 2>pour lui. Et là, quelque chose de magique s'est enclenché.

470
00:28:19.750 --> 00:28:22.789
<v Speaker 2>Ce loyer, elle ne l'a pas dépensé. Elle l'a ajoutée

471
00:28:22.809 --> 00:28:27.809
<v Speaker 2>à son épargne mensuelle. Son enveloppe, qui grossissait de 280 euros,

472
00:28:27.849 --> 00:28:31.150
<v Speaker 2>s'est mise à grossir bien plus vite. L'épargne avait créé

473
00:28:31.210 --> 00:28:35.519
<v Speaker 2>un actif, et cet actif accélérait à son tour l'épargne.

474
00:28:35.539 --> 00:28:39.160
<v Speaker 2>La boule de neige avait commencé à rouler. Ses collègues, elles,

475
00:28:39.200 --> 00:28:44.599
<v Speaker 2>n'en revenaient pas. Le même salaire, exactement le même, et pourtant.« Keiko,

476
00:28:44.619 --> 00:28:46.660
<v Speaker 2>mais d'où sort cet argent pour l'apport? Tu as fait

477
00:28:46.700 --> 00:28:49.819
<v Speaker 2>un héritage? Tu as gagné au loto?» Keiko a souri.«

478
00:28:51.079 --> 00:28:53.940
<v Speaker 2>J'ai mis 280 euros de côté chaque mois, pendant quatre ans,

479
00:28:53.980 --> 00:28:57.359
<v Speaker 2>dans une enveloppe à laquelle je n'ai jamais touché. C'est tout.»«

480
00:28:57.420 --> 00:29:01.410
<v Speaker 2>C'est tout?» ont-elles répété incrédule.« C'est tout. Mais sans jamais

481
00:29:01.450 --> 00:29:04.710
<v Speaker 2>rater un seul mois, pas un seul, en quatre ans.»

482
00:29:04.750 --> 00:29:08.029
<v Speaker 2>Car chaque euro qu'elle avait épargné n'était pas un euro perdu.

483
00:29:08.049 --> 00:29:12.309
<v Speaker 2>C'était un petit ouvrier envoyé au travail. Un employé silencieux qui,

484
00:29:12.349 --> 00:29:17.210
<v Speaker 2>pendant qu'elle dormait, investissait, grandissait et lui achetait, jour après jour,

485
00:29:17.230 --> 00:29:20.970
<v Speaker 2>quelque chose d'inestimable. Un futur où elle ne serait plus

486
00:29:21.009 --> 00:29:24.519
<v Speaker 2>obligée de travailler pour survivre. Alors laisse-moi te dire une

487
00:29:24.559 --> 00:29:28.000
<v Speaker 2>dernière chose. Ta vie est un registre, un grand livre

488
00:29:28.019 --> 00:29:31.940
<v Speaker 2>de comptes. Tu as un temps limité, des ressources limitées.

489
00:29:32.000 --> 00:29:34.220
<v Speaker 2>Et chaque jour, que tu le veuilles ou non, tu

490
00:29:34.259 --> 00:29:37.940
<v Speaker 2>inscris quelque chose sur ces pages. La vraie question, c'est

491
00:29:37.980 --> 00:29:40.920
<v Speaker 2>sur quoi dépenses-tu ta vie? Parce que le kakeibo n'est

492
00:29:40.960 --> 00:29:44.440
<v Speaker 2>pas seulement un outil pour économiser, c'est un miroir. Quand

493
00:29:44.460 --> 00:29:52.099
<v Speaker 2>tu regardes tes dépenses, honnêtement, Si tu répètes que ta

494
00:29:52.119 --> 00:29:54.079
<v Speaker 2>famille est ce qui compte le plus au monde, mais

495
00:29:54.119 --> 00:29:56.980
<v Speaker 2>que tu dépenses zéro pour elle et 500 euros par mois

496
00:29:57.019 --> 00:29:59.900
<v Speaker 2>pour des choses qui ne laissent aucune trace, alors le

497
00:29:59.940 --> 00:30:03.819
<v Speaker 2>registre te contredit. Le carnet ne ment jamais. Il révèle

498
00:30:03.859 --> 00:30:07.500
<v Speaker 2>qui tu es vraiment. Alors, aligne tes dépenses sur ce

499
00:30:07.519 --> 00:30:10.839
<v Speaker 2>que ton cœur dit vouloir. Souviens-toi des deux jardins, sous

500
00:30:10.880 --> 00:30:14.400
<v Speaker 2>la même pluie. L'un laissait tout s'échapper par ses fissures.

501
00:30:14.460 --> 00:30:19.799
<v Speaker 2>L'autre retenait chaque goutte et devenait vert, vivant, abondant. Keiko

502
00:30:19.839 --> 00:30:21.940
<v Speaker 2>n'a pas eu plus de pluie que ses collègues. Elle

503
00:30:21.960 --> 00:30:24.849
<v Speaker 2>n'a pas gagné un centime de plus. Elle a simplement

504
00:30:24.890 --> 00:30:28.809
<v Speaker 2>colmaté les fissures. Elle a retenu chaque goutte. Le chemin

505
00:30:28.849 --> 00:30:31.630
<v Speaker 2>vers la richesse ne commence pas par un ticket de loterie,

506
00:30:31.670 --> 00:30:34.230
<v Speaker 2>ni par un salaire de patron. Il commence par un

507
00:30:34.250 --> 00:30:39.069
<v Speaker 2>carnet et un stylo. Maintenant, voici ta mission. Pendant les 7

508
00:30:38.849 --> 00:30:41.190
<v Speaker 2>prochains jours, tu ne vas pas te contenter de regarder

509
00:30:41.210 --> 00:30:44.849
<v Speaker 2>ton application bancaire. Tu vas écrire, à la main, chaque

510
00:30:44.890 --> 00:30:48.519
<v Speaker 2>dépense que tu fais, chaque centime. Un carnet, un bout

511
00:30:48.559 --> 00:30:51.839
<v Speaker 2>de papier, le dos de ta main, peu importe, écris-le. Café, 1,50€. Essence, 40€.

512
00:30:55.829 --> 00:30:58.990
<v Speaker 2>Et au bout de 7 jours, regarde ta liste. Entoure en

513
00:30:59.059 --> 00:31:01.900
<v Speaker 2>rouge toutes les envies, tout ce qui n'était pas vital.

514
00:31:01.940 --> 00:31:05.380
<v Speaker 2>Fais le total. Et prépare-toi à être choqué en découvrant

515
00:31:05.420 --> 00:31:09.900
<v Speaker 2>combien d'argent tu brûles chaque semaine sans même t'en rendre compte.

516
00:31:09.940 --> 00:31:13.170
<v Speaker 2>Cette prise de conscience, c'est le tout premier pas. Rien

517
00:31:13.210 --> 00:31:16.390
<v Speaker 2>ne change tant qu'on ne voit pas la vérité en face.

518
00:31:16.430 --> 00:31:21.049
<v Speaker 2>Alors dis-moi, de quelle ville, de quel pays regardes-tu cette vidéo?

519
00:31:21.549 --> 00:31:24.589
<v Speaker 2>Quelle est ta dépense plaisir coupable? Cette petite chose qui

520
00:31:24.630 --> 00:31:27.869
<v Speaker 2>vide ton portefeuille chaque mois sans que tu y penses.

521
00:31:27.890 --> 00:31:30.519
<v Speaker 2>Le café tous les matins? Les achats en ligne le soir?

522
00:31:30.869 --> 00:31:35.000
<v Speaker 2>Les livraisons de repas quand tu es fatigué? Confie-le en commentaire.

523
00:31:35.039 --> 00:31:37.880
<v Speaker 2>Tu n'imagines pas combien ton aveu peut aider quelqu'un d'autre

524
00:31:37.920 --> 00:31:41.859
<v Speaker 2>qui te lira et se reconnaîtra. Si cette histoire t'a touché,

525
00:31:41.880 --> 00:31:44.700
<v Speaker 2>clique sur le bouton« J'aime» et abonne-toi à la chaîne,

526
00:31:44.740 --> 00:31:47.500
<v Speaker 2>parce que d'autres récits comme celui de Keiko t'attendent.
